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Contre la reforme des formations du Travail Social

Collectif des Étudiants en Travail Social Rhône-Alpes

mardi 26 mai 2015

Le Collectif des Étudiants en Travail Social Rhône-Alpes organisait un rassemblement contre la Réforme des formations aux métiers du social devant l’hôtel de région le 12/05. Le collectif Nébuleuses s’est rendu sur les lieux pour effectuer un reportage audio.

Le texte d’appel au rassemblement se trouve déjà sur Nébuleuses : contre la reforme des formations des métiers du social

Le reportage du collectif Nébuleuses ici :

Rassemblement contre la reforme des formations aux métiers du social by Nebuleuses on Mixcloud

Le Texte du Collectif des Étudiants en Travail Social Rhône-Alpes

Réforme des diplômes du social
De la disparition des métiers à la marchandisation du social

Les formations aux métiers du social ont à peine intégré les dispositions de la dernière réforme (2007), qu’elles devraient à nouveau être rénovées. Il s’agirait, selon les décideurs, de simplifier l’offre actuelle des métiers du social en ramenant les différentes corporations sous une identité unique de travailleur social. Cependant, il nous semble que ce projet, loin de répondre à une volonté d’amélioration, cherche à adapter les formations aux courants qui traversent aujourd’hui le secteur. Le social subit en effet depuis quelques années le développement de la mondialisation globalisée qui lui impose deux orientations majeures que sont l’ouverture à l’économie de marché de tous les secteurs (donc les services publics) et la pénalisation des problèmes sociaux à travers une répression des pauvres (STO pour le RSA, arrêts anti-mendicité, criminalisation des habitats alternatifs...).

Une impressionnante campagne de l’oligarchie politique, assistée des médias de masse, tente à convaincre la population du caractère profondément dispendieux du secteur social, stigmatisant pour se faire toute une partie de cette population, pointée comme des profiteurs et des assistés, et valorisant le chacun pour soi et le tous contre tous. Ainsi, il n’y aurait pas d’alternative à la politique économique néo-libérale et au démantèlement de nos services publics. Pourtant, le programme du Conseil National de la Résistance, dont notre protection sociale est l’héritière, a été mis en place au lendemain de la seconde guerre mondiale, alors que le pays était en ruine.

Aujourd’hui, après avoir considérablement multiplié nos richesses (- de 2500 $/hab en 1945 ; 44538 $/hab en 2014), nous n’aurions plus les moyens de financer la solidarité nationale ? C’est que cette richesse produite ne va pas à qui de droit - la population -, mais est détournée au profit de quelques nantis de la classe dirigeante - politique et économique. En une trentaine d’années, la répartition des richesses entre le travail et le capital a évolué en faveur du capital de dix points !
Le déficit public n’est pas dû à des dépenses inconsidérées (dépenses qui diminuent depuis 1978), mais à une chute des recettes de l’État depuis 35 ans. La dette publique se compose de l’évasion et la fraude fiscale (590 Mds € d’avoirs français seraient ainsi dissimulés dans les paradis fiscaux, l’évasion fiscale représente 60 à 80 Mds € / an), des cadeaux fiscaux accordés aux entreprises et au plus riches des contribuables (40 Mds € pour le Pacte de responsabilité) et des intérêts excessifs et indus (pour contraindre les États à s’endetter auprès d’intérêts privés, les banques centrales – Banque de France, BCE – n’ont plus le droit de prêter directement aux États. Elles prêtent donc aux banques privées, qui prêteront à leur tour aux États à des taux bien supérieurs). Ce n’est donc pas, contrairement à ce que nous rabâchent nos politiques, un problème de manque d’argent et de coût de la protection sociale, mais de richesses produites par la population et captées par un petit nombre.

Notre système de protection sociale tient son origine du rapport de force favorable aux travailleurs, issus de la Résistance, au lendemain de la Libération. Cependant, elle est considérée par les capitalistes comme un frein aux profits et à l’enrichissement des actionnaires. Elle est depuis constamment attaquée par des successions de réformes, de lois et de mesures destructrices. La novlangue politique a transformé les cotisations sociales en charges, dont il faudrait alléger les patrons afin de se placer dans la compétition internationale, alors que le dumping social est favorisé par les multiples dérégulations. Mis en concurrence avec le moins disant social, le citoyen oublie peu à peu le concept de salaire différé, qui a été arraché au patronat par les luttes sociales.
Le salaire différé, c’est le fait pour le patron de payer au salarié non seulement le prix de sa force de travail (salaire net), mais aussi une part assurantielle mutualisée (salaire brut) contre le risque d’être empêché de travailler (accident du travail, maladie, retraite, chômage, maternité). Ce sont là des droits qui structurent une société juste et solidaire, et pour lesquels nous devons nous battre. Si nous insistons tant sur le contexte actuel du secteur social, c’est que nous faisons le lien entre le secteur et ce qui se trame dans l’apprentissage des métiers. C’est dans ce contexte particulièrement inquiétant que les formations sociales sont attaquées, afin de répondre à des exigences de rentabilité et à une nouvelle organisation du travail qui déstructurent les groupes sociaux. Les métiers disparaissent au profit de l’emploi, dont le découpage de la fonction en une multitudes de tâches (protocoles) favorise la concurrence et l’individualisation des travailleurs. Ces derniers n’existeront bientôt plus, remplacés par l’employé, qui n’exerce pas un métier par sa spontanéité, mais exécute des tâches par sa docilité. La CPC ne s’y est pas trompée, arguant que les 10% optionnels envisagés dans la réforme ont pour « but de faciliter la première insertion dans l’emploi ». L’employabilité au détriment du savoir, des connaissances, de la réflexion. C’est cela, le progrès ...

Nous nous élevons contre cette logique car à travers ces déstructurations, ce sont les personnes accompagnées et bénéficiant de la protection sociale qui sont heurtées. Rappelons que nous sommes toutes et tous concernés, car toutes et tous susceptibles d’être en proie à un accident de la vie. Une personne est intrinsèquement plurielle. Nous refusons de la résumer à son handicap, qu’il soit physique, mental ou social. La complexité de l’être nécessite une diversité des approches et une hétérogénéité des réponses. Le handicap est un fait social. C’est l’inadaptation de la société à la spécificité de la personne qui crée son exclusion. La pauvreté, la précarité et le précariat sont engendrés par des facteurs sociaux. Il est donc de la responsabilité de la société de créer les conditions de l’intégration de toutes et tous en son sein, tout en assurant l’émancipation et l’épanouissement de chacun.
Pourtant, alors que nous sommes encore en formation, nous assistons à une dégradation irrémédiable des conditions d’accueil et d’accompagnement des personnes les plus fragilisées de notre société, société dont la violence atteint chaque jour un peu plus de nos contemporains. En faisant le choix de la compétence plutôt que de la qualification, la réforme de 2007 était déjà une attaque de la professionnalisation, et il semble que la réforme à venir s’inscrit dans la même intention. Alors que les métiers du social sont riches d’une histoire qui a petit à petit construit des identités propres à chaque profession, le gouvernement s’apprête à les rayer d’un trait de plumeau profit d’une identité unique de travailleur social rendu compatible avec la marchandisation du secteur. Et ce n’est pas par corporatisme que nous dénonçons ce fait, mais par une volonté de préserver une variété d’approches et de regards qui est bénéfique à la personne accompagnée. Nous refusons de devenir des experts, des techniciens de la relation. Nous refusons d’être de simples exécutants dans un système social déshumanisé.

Le social n’est pas une dépense, mais un investissement dans l’Humain et son avenir.

Collectif des Étudiants en Travail Social Rhône-Alpes
contact
cetsrhonealpes@gmail.com

DEBOUT POUR NOS METIERS !
Compte-rendu de la journée de mobilisation du 12 mai 2015

A l’initiative du collectif étudiant de l’ARFRIPS et du Collectif des Etudiants en Travail
Social de Rhône-Alpes (CETS R-A), un rassemblement s’est tenu mardi 12 mai 2015 au matin devant l’Hôtel de Région de Rhône-Alpes, avec le soutien des syndicats SUD Santé – Sociaux 69 et CGT syndicat des personnels du Département à la métropole de Lyon, qui avaient lancé un appel à la mobilisation dans le secteur social et médico-social sur toute la région.
Environ 160 personnes - étudiant-e-s, formateurs et professionnel-le-s - se sont retrouvés pour manifester leurs craintes et leur mécontentement par rapport au projet de réforme des diplômes du social. Un important dispositif policier a été déployé.
Une délégation a été reçue par Mme PERRIN, conseillère régionale (PS) déléguée aux formations sanitaires et sociales et à la vie étudiante, membre titulaire de la Commission Professionnelle Consultative (CPC) au titre de l’Association des Régions de France (ARF), et animatrice du groupe « Formation initiale et continue » dans le cadre des États Généraux du Travail Social. Elle était accompagnée des principaux membres de son cabinet.
La volonté des étudiant-e-s et des professionnel-le-s a été de former une délégation
réunissant les trois principaux acteurs de la formation autour d’une parole commune, dans une alliance solidaire, et ce afin d’apporter les conséquences de ce projet dans toutes ses dimensions.
La délégation était composée de :
- Marie MURAILLAT, éducatrice spécialisée en 2ème année de formation, collectif ARFRIPS Lyon
- Fabien GELLA, éducateur spécialisé en 3ème année de formation, IFTS Échirolles, CETS R-A
- Raymond CURIE, formateur, ARFRIPS Lyon, délégué SUD
- Joséphine FAYARD, éducatrice spécialisée, déléguée CGT
Dans un premier temps, chaque membre de la délégation a successivement pris la parole pour exposer le contexte politique et économique dans lequel s’inscrit cette réforme, les risques identifiés de ce projet, ses conséquences sur la formation, puis pour les sites qualifiants (vous trouverez en annexe les différentes interventions, dans l’ordre de la prise de parole). Après cet exposé initial, les échanges ont pu se développer entre Mme PERRIN et la délégation.
Mme PERRIN nous a expliqué que la volonté politique était de mettre en œuvre la réforme pour les niveaux V (AMP et AVS) dès la rentrée de septembre 2015. Néanmoins, les Régions, à travers l’ARF se sont élevées contre la méthode qui leur est apparue précipitée. Les Régions ayant pour prérogatives l’organisation et le financement des formations sur leurs territoires, elles s’interrogent sur la mise en œuvre de ce projet au regard de leurs missions.
L’ARF a donc refusé de voter en l’état la réforme et a demandé une Étude d’impact à Mme NEUVILLE afin d’identifier les incidences sur les centres de formations et sur la pédagogie. Si le vote avait été négatif, le projet aurait été fortement remis en cause. Il a donc été annulé. Il sera à nouveau à l’ordre du jour lors d’une prochaine réunion de la CPC. Mme PERRIN nous a soutenu que tant que l’étude ne leur aura pas été communiquée, les Régions refuseront le vote.
A propos de ce projet de fusion des métiers d’AMP et d’AVS, nous avons soulevé le fait qu’il s’agit de deux métiers différents, et nous avons exprimé l’importance de défendre le maintien des identités de chacun avec les spécificités qui leurs sont propres.Mme PERRIN, par les échanges qu’elle a avec les services départementaux et les collectivités, perçoit une inadaptation de la formation des professionnels du social par rapport aux besoins réels des territoires. Selon elle, les diplômes actuels ne répondent pas aux commandes des collectivités territoriales, notamment dans le cadre de la Politique de la Ville, et les travailleurs sociaux traditionnels ne sont pas en capacité de répondre à l’environnement de leurs territoires.
Ainsi, pour gérer les services, ce sont des Masters de psycho, psychosociologie ou autre qui sont recherchés et embauchés, alors qu’elle estime que des ASS ou des ES devraient normalement accéder à ces postes. Dans les CCAS, se sont des chargés de mission qui sont préférés aux ASS. Ce n’est pas acceptable pour elle.
Concernant les politiques de la ville, nous lui avons expliqué que les centres de formation développaient de plus en plus des apports conséquents dans ce domaine, mais que pour l’instant les postes offerts ne constituent qu’une petite minorité des débouchés. La majorité des postes de travailleurs sociaux se trouvent actuellement toujours dans les secteurs du handicap, de la protection de l’enfance et de l’insertion.
Mme PERRIN trouve également que les individus sont morcelés par les dispositifs et les acteurs sociaux, qui se sont fortement développés ces dernières années. Pour elle, cela est du à un cloisonnement des professions et de leurs missions. La délégation a partagé ce constat avec elle. Si elle nous rejoint dans la défense de la notion de métiers, qui sont pour elle à maintenir, elle estime qu’il n’y a pas suffisamment de passerelles possibles entre les différentes professions.
C’est aussi un reproche fait par les collectivités locales aux métiers du social.
Pour elle, il ne faut pas être enfermé dans un diplôme, mais pouvoir être dans une évolution de carrière qui permette de passer d’un champ à un autre, d’une fonction à une autre. Elle estime qu’une réforme pour avoir un diplôme plus généraliste, avec un tronc commun qui offre plus de souplesse, serait, dans ce sens, bénéfique.
La délégation lui a répondu que les formations actuelles sont bien généralistes, et qu’elles permettent une professionnalisation pleine et entière qui offre à l’usager une prise en compte dans la globalité de sa personne et de sa situation. Nous avons également précisé que le stage long n’était pas une spécialisation (contrairement à ce qu’elle soutenait) mais une coloration du parcours de l’étudiant qui ne le contraignait pas à rester dans le champ expérimenté. Aujourd’hui nous sommes
« éducateur spécialisé », « assistant de service social », « moniteur-éducateur » ou « aide médico- psychologique », alors que demain nous serons « technicien de la relation, spécialisé autisme », « expert du travail social, spécialisé grande exclusion », et cetera.
La délégation lui a expliqué que l’apprentissage actuel visait à savoir transférer ses savoirs, savoirs-faire et savoirs-être dans tous les champs, combien même ils n’avaient pas tous été expérimentés durant le parcours de formation. Nous lui avons expliqué que certaines écoles mettaient en œuvre de la transversalité (l’IFTS et l’ARFRIPS le font), et que nous soutenions le développement de celle-ci, sans pour autant passer par une mise à bas des métiers. Nous avons insisté sur notre refus de voir cette disparition se concrétiser, quelque soit le niveau de diplôme.
Nous avons appuyé sur les spécificités de chacun et avons prôné les valeurs inhérentes aux métiers du social, qui s’enracinent dans une histoire, une temporalité et une logique d’intervention propre au travail social. Nous avons dénoncé une logique différente, qui est selon nous consacrée par le projet de la CPC, celle d’intervention sociale ; qui s’inscrit dans une logique de service, de prestations, et
qui s’attaque aux symptômes et non pas aux causes. Nous avons affirmé que si l’intervention sociale avait sa place, elle ne devait pas devenir majoritaire par rapport au travail social. Or, d’après le projet présenté, nous estimons qu’il y a un fort risque pour que l’intervention social se développe tellement qu’elle finisse par dominer par rapport au travail social.
La délégation a également défendu la notion de qualification face à la notion de
compétences. Une approche par compétences n’est en effet pas suffisant pour former un professionnel à exercer son métier dans toutes ses dimensions. En revanche, la qualification permet à ce professionnel d’acquérir des compétences, mais également une réflexivité théorique et critique.La délégation a présenté à Mme PERRIN le schéma de la formation du niveau III, en lui expliquant que le tronc commun à 50% était trop important, et que les 10% de parcours optionnel
risquaient de spécialiser les futurs professionnels, et donc de les enfermer dans un secteur, avec tout ce que cela comporte de difficultés dans la future recherche de travail. Mme PERRIN et son équipe n’avaient pas en tête ce schéma, puisque apparemment c’est un autre schéma qui leur a été présenté, sans ce fameux parcours optionnel. Nous avons réaffirmé notre refus quant à cette spécialisation par
secteur ou public, dont les conséquences seraient largement néfastes (cf annexes).
Par ailleurs, nous avons souligné l’importance du processus d’identification durant la
formation. Il nous semble essentiel que l’étudiant-e conçoive pour quel métier ille allait se former, et ce avant même son entrée en formation, afin qu’ille puisse élaborer un processus réflexif identificatoire constitutif de son processus de professionnalisation. Nous avons bien établi la différence entre une transversalité inter-filières, source d’une grande richesse, et un tronc commun où les étudiants se trouveraient face à une culture floue et indistincte de travailleur social, sans
pouvoir s’identifier à un métier concret.
La délégation a également exprimé les inquiétudes et le mécontentement des étudiant-e-s quant à l’alternance intégrative, qui est déjà attaquée par la limitation de la durée d’un stage à six mois maximum. Nous avons insisté sur la place fondamentale que tient le balancier permanent théorie- pratique dans la professionnalisation. Nous avons donc marqué notre refus des alternatives
envisagées dans la réforme et dans la dernière circulaire de la DGCS, alternatives qui viendraient se suppléer au temps passé en stage au plus près du public. Nous avons invoqué le fait que les métiers du social sont des métiers de la relation dans lesquels la dimension éthique est primordiale. Or, cette réflexion éthique ne peut s’opérer que dans des allers-retours constants entre des temps conséquents
d’expérimentation sur le terrain et une appropriation des apports théoriques en centre de formation.
Mme PERRIN nous a soutenu défendre l’alternance. Alors que toutes les autres formations (hors social) cherchent à développer l’expérimentation de terrain, il serait paradoxal de la remettre en cause dans le social. D’autant plus que dans notre secteur, cette alternance est évaluée, donc fortement valorisée. Par contre, elle pense qu’il faut développer les échanges afin de lever les images négatives relatives au travail social. Elle a pris pour exemple que les conseillers de Pôle
Emploi aillent à la rencontre des ASS, et que les ASS aillent voir le travail des conseillers PE, afin que chacun se rende mieux compte des missions et des contraintes de l’autre.
21 propositions ont été faites par rapport à l’alternance. Elle doit nous les communiquer prochainement.
A propos des stages, une demande a été faite à l’État pour que les Régions reçoivent le budget de la gratification, qu’elles géreraient et qu’elles redistribueraient directement aux centres de formation.
Nous avons aussi soulevé la revendication de la reconnaissance des diplômes du niveau III au niveau Licence (Bac +3), et le fait que les ECTS mis en place sont reconnus dans toute l’Europe... sauf en France. Mme PERRIN a alors évoqué le problème de la reconnaissance des formations du social par l’université. Elle estime que les étudiant-e-s devraient avoir une équivalence afin de pouvoir poursuivre leur cursus de formation s’illes le souhaitent, et être reconnus au niveau Licence. L’université refuse car la formation professionnelle ne correspond pas
à l’académisme.
Enfin, la délégation a porté à l’attention de Mme PERRIN et de son équipe le glissement sémantique de la notion de métier à celle d’emploi, qui est entériné dans le texte du projet de réforme. La délégation a dénoncé la nouvelle organisation du travail, qui découpe les métiers en une multitude de tâches, exécutées de façon individuelle, dans une concurrence toujours plus accrue des travailleurs.
Mme PERRIN a répondu que pour défendre ses conditions de travail, le secteur devait se structurer afin d’avoir une représentativité de la filière sociale avec les différentes corporations. Elle nous a vivement conseillé que les étudiants s’organisent en filières car dans les instances où elle participe elle observe que nos métiers sont méconnus, et que les personnes censées les représenter
sont loin (voire très loin) du terrain. Elle nous a expliqué que le seul interlocuteur représentant les acteurs sociaux qu’elle avait face à elle était le MEDEF (!).
Dans un souci d’honnêteté, il nous apparaît important de souligner que nous avons été bien reçus. Mme PERRIN nous a semblé à l’écoute, attentive et sensible à certains arguments (que nous avons illustré par des exemples concrets), notamment sur la défense des métiers, sur la nécessité de mieux les faire connaître afin d’attirer les candidats dans les formations du social, sur l’importance des stages et sur le fait que la relation humaine doit être préserver et que sa place est à prendre en compte dans les choix politiques qui seront fait.
La délégation a également insisté sur le fait qu’elle défendait l’ensemble des métiers et, bien qu’elle soit majoritairement composée de personnes de formation éducateur spécialisé, son discours concernait l’ensemble des filières et des métiers, de tous les niveaux.
A l’issu de la rencontre, Mme PERRIN et son cabinet sont descendus devant l’Hôtel de Région pour exprimer face aux personnes rassemblées les principaux points qu’elle avait développé auprès de la délégation. Mme PERRIN a souligné que lors des attentats du 7 janvier 2015, il n’a été question que de l’éducation nationale, de ses responsabilités et de son rôle. Alors que dans ce débat, le travail social aurait du avoir sa place. Le fait que nos politiques ne se saisissent pas du travail social montre combien ce secteur est absent du débat public et ne fait pas référence. Pourtant, nous avons, en tant qu’acteurs sociaux, un rôle fondamental.
La délégation a ensuite fait son propre compte-rendu.
Vous pouvez retrouver ces déclarations, ainsi qu’une interview des étudiant-e-s organisateurs de la mobilisation ci dessus.
Les élections régionales à venir seront l’occasion d’un possible rabattage des cartes, les États Généraux du Travail Social doivent encore se tenir et ont pour objectif d’entériner les diverses réformes du secteur. A l’occasion de ces événements aux enjeux primordiaux, les étudiant-e-s et les professionnel-le-s doivent continuer à faire entendre leurs positions et à défendre un système social humain et solidaire et des formations de qualités accessibles à toutes et tous.
Rejoignez les organisations qui luttent, investissez-vous auprès des personnes qui se battent, engagez-vous !
Ne laissez pas à d’autres le soin de décider de votre avenir !
Compte-rendu écrit et validé par l’ensemble de la délégation.
Collectif ARFRIPS
mobilisationetudiantsarfripslyon@outlook.fr
C ollectif des E tudiants en T ravail S ocial R hône- A lpes
cetsrhonealpes@gmail.com
SUD Santé – Sociaux 69
sud.crc.rhone@wanadoo.fr
CGT syndicat des personnels du Département à la métropole de Lyon
csdsp69@wanadoo.frAnnexe I – Intervention par Fabien GELLA

Présentation du contexte politique et économique dans lequel s’inscrit la réforme.
Les formations aux métiers du social ont à peine intégré les dispositions de la dernière réforme (2007), qu’elles devraient à nouveau être rénovées. Il s’agirait, selon les décideurs, de simplifier l’offre actuelle des métiers du social en ramenant les différentes corporations sous une identité unique de travailleur social. Cependant, il nous semble que ce projet, loin de répondre à une volonté d’amélioration, cherche à adapter les formations aux courants qui traversent aujourd’hui le secteur. Le social subit en effet depuis quelques années le développement de la mondialisation globalisée qui lui impose deux orientations majeures que sont l’ouverture à l’économie de marché de tous les secteurs (donc les services publics) et la pénalisation des problèmes sociaux à travers une répression des pauvres.
Nous nous élevons contre cette logique car à travers ces déstructurations, ce sont les personnes accompagnées et bénéficiant de la protection sociale qui sont heurtées. Rappelons que nous sommes toutes et tous concernés, car toutes et tous susceptibles d’être en proie à un accident de la vie. Une personne est intrinsèquement plurielle. Nous refusons de la résumer à son handicap, qu’il soit physique, mental ou social. La complexité de l’être nécessite une diversité des approches et une hétérogénéité des réponses. Le handicap est un fait social. C’est l’inadaptation de la société à la spécificité de la personne qui crée son exclusion. Il est donc de la responsabilité de la société de créer les conditions de l’intégration de toutes et tous en son sein. Pourtant, alors que nous sommes encore en formation, nous assistons à une dégradation irrémédiable des conditions d’accueil et d’accompagnement des personnes les plus fragilisées de notre société, société dont la violence atteint chaque jour un peu plus de nos contemporains.
La réforme de 2007 était déjà une attaque de la professionnalisation, et il semble que la réforme à venir s’inscrit dans la même intention. Alors que les métiers du social sont riches d’une histoire qui a petit à petit construit des identités propres à chaque profession, le gouvernement s’apprête à les rayer d’un trait de plume au profit d’une identité unique de travailleur social rendu compatible avec la marchandisation du secteur. Et ce n’est pas par corporatisme que nous dénonçons ce fait, mais par une volonté de préserver une variété d’approches et de regards qui est bénéfique à
la personne accompagnée. Nous refusons de devenir des experts, des techniciens de la relation. Nous refusons d’être de simples exécutants dans un système social déshumanisé.

Annexe II – Intervention par Marie MURAILLAT (plan)
Présentation des risques identifiés dans le projet de réforme.
1. Disparition de l’identité professionnelle des métiers, de leurs valeurs, de leur histoire
Tout d’abord il est important de rappeler que le travail social n’est pas un métier, mais un ensemble de corps de métiers qui chacun apporte son savoir-faire.
Ce projet de réforme tel qu’il est présenté nous ferait passer dans une logique d’intervention sociale au détriment de la logique de travail social, or les valeurs de nos métiers s’enracinent dans la logique du travail social, celle-ci prenant sa source dans leur histoire ; fondée sur les valeurs de solidarité, d’égalité et de progrès pour tous.
Il est important de bien différencier ces deux logiques :
Travail social fait appel : à la qualification, au long terme, au traitement des causes des difficultés, à la logique d’accompagnement et à la relation d’aide
Intervention sociale fait appel : aux compétences, au court terme, au traitement des symptômes des difficultés, à la logique de suivi fractionné et à la relation de service.
L’intervention sociale ne peut être appliquée que dans certains cas bien précis, et doit rester minoritaire.

2. Perte de la spécificité des métiers et du travail pluri-professionnel
Ø l’analyse et le traitement des situations ne pourront plus s’effectuer de manière pluri- professionnelle.
Ø Il est essentiel de maintenir la spécificité de chaque métier et leur complémentarité pour permettre des regards croisés. Seuls ces regards croisés et cette complémentarité permettent de comprendre les situations des personnes en difficultés et de les accompagner au mieux. Sans cela, les personnes ne pourront
plus être prises en compte de manière globale, en tenant compte de leur personnalité, de leur histoire, de leur situation...
Ø Cette réforme tend à remplacer le mot métier par le mot emploi et nous sommes contre l’utilisation du mot emploi
Ø Nous sommes pour la spécialité par métier mais contre la spécialisation par public
Spécialisation par public incidences :
Ø Du côté des personnes que l’on accompagne
Les professionnels qui ne seraient plus formés de manière globale, en ayant acquis des connaissances suffisantes en formation pour accompagner une personne qui « relèverait » de plusieurs secteurs à la fois (ce qui est courant)
Cette question est fondamentale tant cela entraînerait une méconnaissance des difficultés et des besoins spécifiques des personnes.
Ø Du côté de professionnels :
· Limitation dans la mobilité, ils devront exercer auprès des publics pour lesquels ils se seront spécialisés en fin de formation : passage d’un secteur à l’autre quasi impossible par la suite sauf en se formant par le biais de modules optionnels
· Se pose la question du financement et du temps d’attente de celui-ci (risque d’usure
professionnelle) sachant que la formation continue est bien impactée à l’heure actuelle
· Mise en concurrence accrue des personnes diplômées lors de l’embauche
· Développement sans précédent du chômage pour les métiers concernés par effet de limitation des postes disponibles (puisque spécialisés++)

3. Place de l’alternance (un des fondements de nos formations) très diminuée
La place des stages et le temps de stage est primordial parce que c’est à partir de ces expériences que nous nous formons à un métier.
Ø Désormais acté par décret que les stages ne devront plus dépasser une durée de 6 mois avec comme alternative proposée (pour pallier aux difficultés des étudiants à trouver des lieux de stage) dans cette réforme, la possibilité que les stages classiques soient remplacés et/ou complétés par des mises en situation
auprès d’un professionnel en centre de formation et/ou des stages collectifs, ce qui induirait la perte du vécu de la relation humaine tant avec les personnes que l’on accompagne qu’avec les équipes professionnelles.
Ø Effacement de la clinique au profit de savoirs « savants » (nos métiers sont des métiers de la relation, dont la base est d’être au plus près des personnes que nous accompagnons et de leurs difficultés.
Ø Les actions des travailleurs sociaux et futurs travailleurs sociaux, doivent être pensées en tenant compte de la complexité humaine et sociale. Nos professions qui ne s’exercent que dans la rencontre humaine, doivent impérativement faire appel à des questionnements permanents et ne peuvent se faire sans positionnements éthique. La formation vise à ce que les étudiants puissent construire des assises réflexives et personnelles fortes (esprit critique/positionnement éthique).
Ces assises ne peuvent se mettre en place que grâce à l’alternance entre la pratique et la théorie, ce, dans des durées suffisantes.

4. Déqualification dans le temps des travailleurs au contact des publics par un glissement
des postes vers des salariés moins formés et sous payés
Le financement des formations remis en questionAnnexe III – Intervention par Raymond CURIE
Présentation des conséquences de la réforme par rapport aux centres de formation.
1) Les propositions de la CPC :
- Un seul diplôme par niveau de qualification serait proposé (remplacement des 14 diplômes existants par 5 nouveaux)
- Un socle commun de compétences à la base (1 ère année de formation pour les niveaux III, ou 1 ère partie de la formation pour les niveaux V). Le reste du parcours de formation serait complété par des spécialisations et des modules optionnels.
- Pour les 5 nouveaux diplômes, une spécialisation avec deux branches : l’accompagnement social et l’accompagnement éducatif.
- Accentuation de l’orientation des diplômes vers la compétence technique en relativisant les autres apports théoriques et critiques.
- La réduction importante du nombre d’heures de stage pour faire face aux difficultés d’offre de stage, liées en partie à la gratification des stagiaires.
2) Un problème de méthode :
Le rapport de la CPC a été élaboré sans aucune concertation réelle avec les acteurs de terrains (professionnels et formateurs) et les syndicats de salariés.
Par ailleurs les débats préparatoires dans les régions pour la préparation des États Généraux du Travail social n’ont pas été à la hauteur des réalités de terrains. Beaucoup d’acteurs engagés n’ont pas pu y participer. Là aussi un déficit démocratique a été constaté.
3) Les risques entrevus :
- La disparition de l’identité professionnelle des métiers et professions avec la logique de l’utilisation du mot emploi qui s’imposerait. C’est tout un ensemble de transmissions théoriques et pratiques qui risquent d’être impactées.
- La place réduite donnée aux stages risque de ne plus permettre une véritable logique d’alternance, avec la possibilité donnée aux stagiaires d’effectuer des enquêtes de terrains individuelles ou collectives venant se substituer aux heures classiques de stage.
- La limitation de la mobilité des salariés de secteur à secteur, une fois leur diplôme obtenu. Par exemple , si la spécialisation et les modules optionnels en orientent certains pour travailler avec des enfants autistes, ces derniers auront beaucoup moins de marge de manœuvre ensuite pour différencier leur parcours professionnel en changeant de secteur, aller notamment dans la protection
de l’enfance ou l’insertion sera pratiquement impossible. Même difficulté à l’intérieur même du secteur du handicap.
- La perte de la pluri-professionnalité risque aussi d’être une conséquence, les employeurs auront tendance à spécialiser au maximum leurs professionnels au risque de constituer des équipes ayant perdu leur pluralisme.
- Accentuation possible d’embauches de niveaux IV et V plus avantageuses financièrement et remplaçant des niveaux III notamment. Cette déqualification pourrait aussi déboucher sur l’augmentation (qui a déjà commencé) des postes de faisant-fonction.- Financement des formations du travail social revu à la baisse.
- Possibilité d’une augmentation du chômage pour les étudiants sortant de formation n’ayant plus une offre de terrains aussi large qu’avant du fait de la spécialisation poussée.
- Le renforcement des responsabilités, initiatives et coordinations des métiers de niveau III pose la question du maintien de ces diplômes à ce niveau, au regard de l’alignement sur les équivalences des diplômes européens. Cependant passer à un niveau II implique de créer un nouveau diplôme de niveau III. Par ailleurs les employeurs refuseront dans leur majorité d’embaucher à un prix plus
élevé ces nouveaux professionnels de niveau II.
4) L’accentuation du passage d’une logique de Travail social à une logique d’Intervention sociale

Le Travail social pour citer Robert Castel et Michel Autès fait appel à plusieurs caractéristiques :
la qualification, le long terme, le traitement des causes des difficultés, la logique
d’accompagnement global et la relation d’aide.
L’Intervention sociale, qui doit rester minoritaire, fait appel à la compétence, au court terme, au traitement des symptômes des difficultés, à la logique de suivi fractionné et à la relation de service.
La refonte des métiers et professions ne vient-elle pas entériner l’instrumentalisation du travail social au service des impératifs gestionnaires ?
Cette refonte part de présupposés sans jamais remettre en cause les politiques sociales globales. Cette démarche ne fait-elle pas porter aux seuls professionnels la responsabilité et la charge des difficultés rencontrées sur le terrain ? Le projet n’aboutira-t-il pas à accentuer la précarisation des professionnels du social ?
Sous prétexte de répondre aux difficultés liées au paiement de la gratification des stages, n’est-ce pas tout le processus historique de professionnalisation qui est remis en cause ?

Robert Castel, « Du travail social à la gestion sociale du non-travail » Esprit, mars, avril, 1998.
Michel Autès, « Les métamorphoses du travail social » dans Les mutations du travail social : dynamique d’un
champ professionnel Dunod 2000.Annexe IV

C ollectif des E tudiants en T ravail S ocial R hône -A lpes
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