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La fermeture d’un service : lutte contre des licenciements

vendredi 8 mai 2015

Texte de la section syndicale CNT ASEA

La Place du compromis dans une MOBILISATION

Notre section syndicale CNT ASEA a été partie prenante dans la constitution d’un collectif (outil permettant de réunir le plus de salariés possible, notre section ayant une image trop radicale pour l’ensemble des salariés à l’ASEA de Villefranche pour mener une lutte sous la bannière de la CNT) pour défendre des emplois.

L’annonce

Lors du CE du 25 février la direction n’exclut pas des licenciements économiques et la fermeture d’un des services de l’ASEA : celui de l’Escaladoise (accueil ados PJJ).
L’employeur nous précise qu’un CE extraordinaire sur ce service aura lieu le 23 mars pour « accompagner vers la sortie les salariés » selon la formulation du directeur.
La section CNT et la trésorière du CE décident alors de faire une rencontre de salariés le jeudi suivant ; l’idée est d’essayer d’appeler à une lutte salariale, on se dit que « c’est pas gagné de mobiliser »…

On bosse au niveau de la section CNT pour faire des propositions aux salariés visant à déboucher sur une action collective. Nos constats sont qu’il y a trop peu de conscience de classes, d’esprit de lutte au sein des équipes (des remarques nous ont notamment surpris sur la notion de grève : « qui va faire mon travail si je suis en grève ? »). Certains de nos collègues sont militants plutôt associatifs, quelques-uns ont une expérience à la CGT ou à la CFDT. Il n’existe à ce jour qu’une section syndicale dans notre boîte, celle de la CNT.
On comprend assez vite que si l’on part sur de l’action directe radicale on ne sera pas suivi.

La création d’un collectif de salariés
Le collectif se réunit chaque semaine dans nos locaux à la ruche ; mais la rhétorique est présente chez les travailleurs sociaux trop souvent au détriment de l’action.
Lors des différentes rencontres on aborde les actions suivantes : occupation des locaux, détérioration de ceux-ci (ex : crottins d’ânes déversés dans les bureaux du Conseil D’administration) ; les collègues ne sont pas dans cette dynamique et on est renvoyé dans nos « 22 » (terme du milieu du rugby).
Plusieurs arguments nous sont retournés « je peux faire qu’un seul jour de grève car je n’ai pas de thunes », « je ne peux pas faire grève financièrement ». On rétorque qu’on peut monter une caisse de solidarité (la CNT santé social 69 et la CNT interpro Villefranche étaient prêtes à nous apporter un soutien financier). L’idée n’est pas retenue car elle nécessite une implication supplémentaire.
Cette lutte permet des moments où en dehors des clivages d’équipe, entre collègues on se voit autour d’une banderole, d’un tract à faire ensemble, d’un rassemblement.
On prend les décisions à mener en votant à main levée (principe de démocratie directe) et on arrive à converger sur une lutte en dehors des clivages de personne, d’opinions partisanes.
Et enfin on se rencontre ou on se retrouve sur du commun. Ça fait du bien, ça fédère.
On voit aussi l’attitude de certains collègues (absence, silence, non implication dans le soutien aux collègues).

Ses rencontres débouchent sur la rédaction d’un tract envoyé aux partenaires, aux salariés, à la presse, ainsi que sur la décision d’un jour de grève et d’une mobilisation sur l’espace public le 19 mars.

La grève
Le jeudi 19 mars au matin 21 salariés de l’ASEA (soit 40 % du personnel) sont mobilisés et une cinquantaine de personnes passent pour soutenir la mobilisation (entre autres merci aux camardes de la CNT Macon). A l’issue de la mobilisation, les salariés se réunissent et actent collectivement de se revoir le lundi 23 mars après le CE exceptionnel.
Le lundi 23 mars, nous apprenons que les postes des secrétaires comptables et travailleurs sociaux seront proposés dans les autres services de l’Association ; par la suite on revendiquera et on obtiendra qu’ils soient basés sur Villefranche.
Les postes de Chef de service et psychologue (personnel cadre dans la CC66) sont supprimés ; notre section s’interroge à propos d’un soutien à ces catégories professionnelles. Leur attitude, leurs propos (négation des futurs licenciements, défense de leurs intérêts personnels au détriment d’intérêts collectifs) nous conduisent à choisir de cesser notre soutien. Nous n’appelons donc pas à un deuxième rassemblement même si nous avions conscience que cela casse la dynamique collective. Nous avons l’impression d’être allés suffisamment dans du compromis.

Pour tenter de conclure

Durant cette lutte, nous avons privilégié le soutien aux salariés qui sont passés par différents états :
le déni (« vous exagérez le service ne va pas fermer…. » Eh bah si ! il ferme fin juin) ;
le décalage avec le monde travail (les salariés refusant des postes en interne alors qu’il y a beaucoup de monde sur le marché du travail et pas mal de travailleurs sociaux sur le carreau dans le département du Rhône)
Le principe de réalité : coup de massue pour ses salariés qui se sont investies dans ce service qui n’existera plus. Le corps des collègues parle (sciatique, cou / épaule bloqués, arrêt maladie)
La banalisation du licenciement : une collègue nous dit que le licenciement fait partie du parcours professionnel. Cela nous laisse sans voix.

Un des regrets toutefois pour notre section : 2 camarades n’ont pu participer à cette lutte du fait de congés maladie. Leurs positions extérieures ont pu être aussi un atout pour ceux qui avaient les mains « dans le cambouis »…

Nous avons pu relancer des partenariats notamment avec des camarades de SUD pour un soutien à un internat à la Croix Rousse qui va fermer en septembre 2015 sur décision municipale. Entre les incompétents comme à l’ASEA et les décisions d’un maire PS pour les salariés de l’internat de la Croix ROUSSE, il parait plus que jamais rappeler le slogan suivant :

NOUS N’AURONS QUE CE QUE NOUS PRENDRONS !!!

Merci à tous ceux et celles qui nous ont soutenu physiquement ou par message. Nous soulignons également la parution de deux articles allant dans notre sens dans le quotidien Le Progrès, ce journal ayant longtemps boycotté tous les articles et promotion des évènements ayant un lien avec la CNT. Nous remercions également radio calade, toujours prêt à nous donner la parole.

Cette lutte laisse un sentiment mitigé : nous avons pu maintenir des postes pour les collègues mais nous n’avons pas éviter la fermeture d’un service. Axer une lutte c’est aussi la penser en fonction de ce que les collègues peuvent engendrer et investir en terme de déterminisme…il paraît décalé de croire que nos principes et actions anarcho syndicalistes et syndicaliste révolutionnaire sont partagés et soutenus.
Frustrant !

La section syndicale CNT ASEA

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