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Travailleur ou travailleuse social(e), passons à l’offensive !

Virons les bourges et leur infecte peste sociétale !

jeudi 10 novembre 2016

« Tu bosses dans le secteur tertiaire, c’est-à-dire dans celui des services. Et quel service !
Grâce à toi, la machine peut continuer à tourner, des centaines de milliers de personnes peuvent se rendre sur leur lieu d’exploitation, pendant qu’ils te confient leur entourage : enfants vulnérables, adolescents en colère, parents vieillissants, membres de la famille en situation de handicap. On te charge même de (ré)insérer professionnellement celles et ceux qui ne parviennent pas ou ne veulent pas adhérer au monde du travail.

Avec ton travail improductif, tu es un des rouages de cette société productive, mais tu restes un prolétaire, car ta survie dépend de ton salaire. Ta vocation, comme le don de ta personne, tu les portes dans ton intimité, maltraitée par des chefs avides de la modeler aux principes de la rationalisation et de la loi du fric !

Tes chefs, parlons-en ! Ils te culpabilisent au moindre dysfonctionnement, car il en va du bien être des humains que tu prends en charge. Tu es convié à aider l’autre à s’autonomiser, pourtant le travailleur social, comme le « bénéficiaire », patauge dans le marais de l’exploitation et de la survie. Au lieu de mettre en lumière le manque chronique de moyens attribués au secteur du social, les managers pointent du doigt ton « inaptitude » à mener les tâches toujours plus nombreuses qu’ils t’imposent. Ils te dévalorisent à travers ta fatigue psychologique et physique. Ils peuvent t’accuser de maltraitance, même sans dérapage de ta part. Ils ne veulent pas admettre être les vrais coupables ou du moins les complices de cette situation, appliquant des directives managériales en conformité avec les politiques d’austérité imposées par l’État.

Que tu travailles dans une structure publique, privée ou associative, tes patrons sont des directeurs et des chefaillons qui te martyrisent pour faire passer « la crise » par des économies, en dévalorisant et en écrasant toujours un peu plus le seul élément capable de richesses infinies mais réduit à l’état de marchandise : toi, prolétaire, humain condamné - provisoirement - à vendre ta force de travail pour survivre.
Les patrons te tiennent en haleine pendant une longue période avant d’accepter de te laisser quelques miettes. En Suisse, on peut le vérifier dans les discussions actuelles (2016) entre syndicats et employeurs, pour l’élaboration d’une Convention Collective du Travail (CCT) de la petite enfance pour le Canton de Vaud, avec un patronat qui refuse d’inclure une grille salariale dans le document, brandissant la menace de la fin des négociations. Au passage, ceci ne fait que confirmer ce que tu savais déjà : déléguer tes luttes aux syndicats est suicidaire. Il arrive même que les décideurs te refusent ces aménagements homéopathiques, comme en 2015, lorsque, toujours dans le secteur de la petite enfance, le Grand Conseil du Canton du Valais a refusé d’entrer en matière pour une CCT. Et ça c’est pour la Suisse, pays du compromis et de la paix sociale, où le travailleur est un peu caressé dans le sens du poil. Ailleurs, la situation est encore plus déplorable.

Les conséquences sur tes conditions de travail sont désastreuses : tu dois prendre en charge toujours plus d’usagers à toi tout seul, accomplir toujours plus de tâches logistiques ou administratives, dans des locaux vétustes, où la sécurité et la salubrité laissent à désirer, lorsqu’elles ne sont pas scandaleuses. Pour te faire avaler la pilule, ils font appel à leurs plus efficaces saloperies managériales, qui brisent toute union entre toi et tes collègues en te poussant à la délation, te font participer aux décisions insignifiantes et te donnent des « outils » pour t’améliorer professionnellement, lors d’entretien d’évaluations.

Dans l’industrie, des principes similaires sont appliqués depuis des décennies en vue d’augmenter la productivité. En ce qui te concerne, on augmente d’une certaine manière ta « productivité », car tu produis toujours plus de prise en charge dans un même laps de temps. Ce faisant, sans dépenser plus, le système permet à toujours plus de personnes de se rendre sur leur lieu d’exploitation, étant déchargées de l’éducation ou du soin de leurs proches. Ainsi, ton travail reste indirectement productif.
Tu n’es pas un cas à part. Ta chaîne a plus de 2 siècles et réunit tes frères et sœurs. Comme toi, ces gens doivent vendre leur force de travail pour survivre. Peut-être qu’ils sont aussi conscients de leurs conditions toujours plus dégradées ? Peut-être en ont-ils assez de servir de bête de somme et sont prêts à se battre contre cette société capitaliste, qui considère les humains uniquement en tant que « capital variable » ?

Parle autour de toi, non seulement avec tes collègues, mais avec les travailleurs, les chômeurs, les étudiants, les personnes recevant l’aide du service social, et construis avec eux des liens basés sur la solidarité, la fraternité, la ténacité, afin de réfléchir, s’organiser, et agir ensemble. Les obstacles paraîtront insurmontables, mais la soif de liberté, la stratégie et la détermination à se débarrasser une bonne fois pour toutes de la société de classe, des idéologies, des carcans, des tabous, des interdits à l’autonomie, seront décisives.
Sur les débris de cette société vouée à disparaître, l’Humanité pourra fleurir, par notre union. »


Voir en ligne : http://garap.org/communiques/commun...

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