Nébuleuses

Rassembler les alternatives, réflexions et luttes autour du travail social et de la santé

Les nébuleuses sont des objets célestes composés de gaz et de poussières éparses. Elles sont à l’origine de la formation des étoiles...
Accueil > Folie(s)- (anti)psy > Briser la Vitrine de l’HP

Briser la Vitrine de l’HP

mercredi 18 novembre 2015

La semaine dernière la presse locale du Rhône a relayé l’ouverture d’une nouvelle unité au Vinatier comme étant "une filière /.../créée dans le Rhône pour améliorer la prise en charge.". Annonce vitrine masquant la situation du Vinatier ?
Deux émissions de radio canut pour briser cette vitrine et quelques fragments sensibles à partir de ces bris de verre.

Une vitrine

Jeudi 5 novembre, en feuilletant le Progrès(voir ici), on pouvait apprendre qu’une nouvelle unité allait ouvrir au sein du Vinatier, une unité d’urgence : le Service d’Urgences Psychiatriques Rhône Métropole (UPRM).

Page du Progrès

La création de cette unité serait un réel progrès, pas moins de... 14 lits ont été crées et ce pour... l’ensemble du Nouveau Rhône et de la Métropole. Vitrine rutilante, mais pas très grande tout de même pour un si grand territoire et un si grand hôpital (le Vinatier étant maintenant le plus grand hôpital psychiatrique de France). Qu’importe, l’important est de bien serrer le regard sur cette vitrine, car Le Progrès aime à nous rappeler qu’elle brille :

Cette nouvelle organisation traduit la volonté de créer une véritable filière des urgences psychiatriques qui était en projet depuis une dizaine d’années, afin de limiter l’errance des patients, d’harmoniser leur accueil entre les établissements et d’améliorer leur prise en charge.

Étranges sensations à cette lecture. Sensation d’être devant une vitrine bien polie, bien brillante. Et pourtant quelques traces sur cette vitrine, quelques traces d’un malaise que la même presse locale angélique relaye. Dans un encart à côté des éloges, comme une trace de doigts sur l’abord de leur miroiterie, on apprend qu’aucun psychiatre n’a été recruté pour prendre en charge ce service. Tiens donc, personne ne veut prendre la tête d’un si beau service ?

Étrange sensation à cette lecture. Surtout quand on a lu les articles parus cet été sur Médiapart (voir ici).
Articles dans lesquels on apprenait le climat social tendu au sein de l’hôpital, la politique dictatoriale du directeur Hubert Meunier, la destruction d’une partie des soins, les "accidents" qui sont autant de révélateurs des dysfonctionnements de l’hôpital (agressions de personnels, suicide de personnel ou de patients), la rémunération illégale de certains médecins du privé, la fermeture de lits, la démission de personnel soignant (dont des médecins), l’étouffement de toute critique syndicale...

Une vitrine n’est jamais là que pour masquer en même temps qu’elle donne à voir. Mettre en avant quelques produits idéaux et rutilants pour pouvoir continuer à vendre tout le reste. Et c’est de vente et d’image dont il s’agit plus que de soins.

Ne pas se laisser éblouir

Malheureusement pour les poseurs de vitres, il n’y a pas que des badauds enjoués du Progrès qui ont relayés la création de cette unité. Le Vendredi 06/11 l’émission Canut Info se penchait aussi sur la question. A croire que certains ne se laissent pas éblouir trop rapidement par ce qui brille et qu’un autre point de vue peut se dégager :

ou pour le télécharger

MP3 - 36.8 Mo

Avant même cet effet d’annonce, une autre émission de radio Canut faisait le point sur la situation au Vinatier. Le 15 Octobre 2015, l’émission Grain de sable, proposait de revenir sur "les difficulté de l’hôpital psychiatrique du Vinatier de Lyon"

Suite à l’article de Mediapart sur les difficultés de l’hôpital psychiatrique du Vinatier, nous avons invité pour cette émission Gilbert, Marc et Mathieu tous trois syndicalistes sur cet hôpital pour évoquer avec nous l’ampleur de ces difficultés.

ou pour télécharger l’émission

MP3 - 54.2 Mo

Briser la Vitrine

L’hôpital psychiatrique se veut être un lieu de soin. Mais en même temps il est un lieu d’enfermement. Et il a été construit comme tel, à l’écart des villes. Aujourd’hui le discours dominant de la psychiatrie relaye la sectorisation, le soin hors les murs, promeut des lieux d’ouvertures au sein de l’hôpital. Mais il ne suffit pas de se décréter ouvert pour l’être.
En premier lieu car cette politique d’ouverture s’effectue avec un parallèle : celui de l’enfermement d’une autre population. Celle des personnes dites "chroniques" ou des "malades difficiles". L’asile s’est construit sur une pensée en terme de rejet [1]. Rejet d’abord hors de la ville avec l’asile. Puis évolution du temps ou des mœurs, le rejet s’affine. Il y a des pavillons de rejets, des unités pour malades difficiles. Et à l’intérieur même de ces pavillons des système de rejets internes (qui prennent la forme notamment des chambres d’isolement).
En second lieu, car à l’enferment des corps correspond l’enferment du discours. Les tenants du discours sur ces lieux sont alors les experts (psychiatres et laboratoires), les décideurs (Agence Régional de Santé, Directeurs d’hôpitaux). Le discours des patients ou des travailleurs militants lui reste enfermé dans les murs.

  • Briser les murs discursifs
    Une des manières de briser leurs vitrine c’est de briser ces murs discursifs. La situation du Vinatier montre que les médias locaux relayent la parole des tenants du pouvoir. Il faut trouver d’autres manières de s’informe comme le site de la CGT Vinatier qui est régulièrement mis à jour. Il faut trouver des moyens de briser les murs qui s’érigent autour des patients enfermés d’office, autour de ceux se brisant les mains sur les portes de leur chambre d’isolement !
  • leur rappeler qu’ils nous mentent et qu’ils se mentent
    Une autre manière pour briser leur vitrine est de prendre leurs discours au sérieux et de se rendre dans les lieux qu’ils disent ouverts pour y introduire un discours différent du leur. Car dans ces lieux il ne se joue pas que l’ouverture symbolique de l’hôpital sur le plan médiatique. Il se joue aussi la croyance en une véritable ouverture, pour la micro société des soignants. Au Vinatier, cette volonté d’ouverture est symboliquement portée par La ferme et par des événements ouverts sur l’extérieur.
    Cette semaine, la vitrine brille de mille feux car après l’annonce de la nouvelle unité, se tenait au centre social du Vinatier les 5èmes journées Cinéma et Psychiatrie. Où l’on pouvait entendre le directeur du Vinatier parler de l’importance du débat et de l’ouverture ! Où on pouvait parler de résistances ! Où l’on pouvait parler de prise en compte de la singularité des patients ! Où l’on pouvait voir des marchands de médicaments pour les enfants "TDAH" ou les "Skyzophrènes" distribuer leurs prospectus et leurs recommandations dans le hall d’accueil !
    Où se rejoue donc la vitrine, où tout est dépolitisé et mis sur le même niveau, où l’effacement des paradoxes de l’hôpital brille comme jamais : un directeur fermé à toute discussion avec les syndicats qui nous parle de dialogue, une salle de projection où on nous parle de la singularité des individus à 10m de marchands de chimie normalisatrice. Où un marchand nous vante sa nouvelle amphétamine à effet ciblés entre 8h et 17h pour que l’enfant puisse se rendre à l’école. Est ce ça prendre en compte la singularité d’un individu, est ce changer la chimie d’un cerveau et non la structure scolaire ?
    Il est urgent donc de prendre leurs discours d’ouvertures au sérieux et de se rendre dans leur lieux pour y porter débats et contradictions, pour ne pas les laisser jouer leur jeu de dupe.
  • Porter dans les murs et hors les murs l’idée qu’un autre accueil est possible
    Est ce qu’il s’agit encore, comme au temps de l’antipsychiatrie des années 70, de penser que l’hôpital doit disparaître ?
    L’hôpital reste un lieu incontournable quand nous sommes démunis face à notre souffrance ou à celle d’un proche. Et reste un lieu incontournable pour ceux qui sont isolés. Mais cette nécessité d’un lieu d’accueil ne doit pas amener à accepter d’emblée son fonctionnement. Un autre accueil est possible.
    La psychothérapie institutionnelle ou le soin communautaire le portent et l’ont porté, d’autres lieux existent comme le FreedomCenter aux Etats Unis, etc. Et des marges partout existent pour créer des îlots de résistances et d’humanité dans la machine sanitaire et bureaucratique. Jamais l’accueil ne doit justifier le pouvoir et l’enfermement.
  • Priver les experts de leurs statuts d’experts
    Une part importante du pouvoir asilaire et la répétition de ce pouvoir tient en la fonction des experts qui le promeuvent. La maladie mentale est une imposture. Le discours psychiatrique peut aider, à condition qu’il reste un discours qui se considère comme tel et non comme une vérité hégémonique. Les premiers concernés doivent pouvoir choisir le système de sens et de soin qui leur correspond. Des projets d’autodétermination existent et doivent être développés et diffusés : Icarus Project, Rev, Guide pour décrocher des médicaments psychotropes, etc.

Des ailleurs sont à inventer et diffuser pour proposer un autre accueil de la "folie". Les mensonges des experts de l’hôpital psychiatrique ne doivent pas nous faire croire que cet ailleurs est accomplit. Il en est de la psychiatrie comme de la société spectaculaire :

Chaque nouveau mensonge est aussi l’aveu de son mensonge précédent

Ne les laissons pas circonscrire nos réalités à leur vitrines spectaculaires.


[1Voir à ce sujet le documentaire Paule Muxel et Bertrand de Solliers, Histoires autour de la folie, qui 20 ans après sa réalisation reste d’actualité

Il y a deux manières de participer à la publication sur Nebuleuses.info, soit en proposant un article soit en proposant des compléments d’infos liés à un article.

Les compléments d’infos sont relus par le collectif du site avant publication en ligne. Le but de cette modération n’est pas de censurer les discussion mais de s’assurer qu’elles participent d’un complément d’information ou d’un débat sur le sujet en question.

Proposer un complément d'info

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Se connecter
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.