Nébuleuses

Rassembler les alternatives, réflexions et luttes autour du travail social et de la santé

Les nébuleuses sont des objets célestes composés de gaz et de poussières éparses. Elles sont à l’origine de la formation des étoiles...
Accueil > Folie(s)- (anti)psy > La Devinière. "Un centre pour les malades et non pour les soignants."

La Devinière. "Un centre pour les malades et non pour les soignants."

lundi 17 octobre 2016

"La Devinière est un centre de psychothérapie institutionnelle fondé par Michel Hocq qui a ouvert ses portes en 1976 à Farciennes, en accueillant 19 enfants réputés schizophrènes et incurables. 30 ans plus tard, ces enfants devenus adultes vivent toujours à la Devinière, un lieu familier où ils se sentent chez eux. Un des derniers centres sans grilles, ni chimies, né du mouvement de l’anti-psychiatrie qui soignent les maladies mentales des enfants et des adultes par des traitements thérapeutiques fondés sur la réhabilitation et l’émancipation des personnes."

« N’avons-nous pas le devoir de rendre « habitables » ces lieux désertiques dans lesquels se sont égarés, souvent à jamais, ceux que nous nommons psychotiques ? » Jean Oury, psychiatre

photographie noir&blanc et texte : Yvonnic Coomans de Brachène
http://www.ycdb.be/Deviniere.htm

Un extrait du film de Benoit Dervaux sur la Devinière  : https://www.youtube.com/watch?v=uXbZ_-889Fc

SYNOPSIS
Le 18 février 1976, La Devinière, un lieu de
psychothérapie institutionnelle, ouvrait ses portes à 19
enfants réputés incurables, refusés par tous. Ni le sens
commun, ni la psychiatrie, ni la pédagogie ne pouvaient
les admettre, les reconnaître. Ces enfants, en somme
exilés, La Devinière les a acceptés définitivement avec
comme principe fondateur de ne les rejeter sous aucun
prétexte. Le mot “asile” reprend son sens, un espace
sans grille, ni chimie où l’on donne le droit de “vivre
avec sa folie”. Durant plus de vingt ans, des liens de
solidarité se sont forgés entre ceux que rien ne reliait.
Au fil des saisons, Benoit Dervaux a filmé au plus près
ce lieu qui a fait rejaillir la vie là où tout semblait
condamné.

Note d’intention :
"Située aux confins de Farciennes et de Fleurus en Belgique, la Devinière-Atlantis est
une ancienne demeure agricole transformée en centre de Psychothérapie
institutionnelle. Le 18 février 1976, ce centre ouvrait ses portes à 19 enfants partis en exil. Enfants fous, psychotiques ou de façon plus ordinaire handicapés mentaux, débiles profonds... Les termes ne manquent pas. Ces “cas lourds” partout refusés parce qu’ils vivent une réalité mentale et sociale au-delà des limites acceptables aussi bien par le sens commun que par le pédagogue ou le psychiatre, la Devinière-Atlantis les a acceptés définitivement, avec comme principe fondateur de ne les rejeter sous aucun prétexte et avec la conviction que ce n’est pas l’état mental mais l’absence de lieux de vie adéquats qui détermine les véritables impossibilités de progresser.

Le mot Asile reprend tout son sens : un espace sans grille ni médicament où l’on donne le “droit de vivre avec sa folie”. Un centre pour les malades et non pour les soignants. Un lieu de coexistence où la femme de ménage, le comptable, le médecin... sont aussi et d’abord des être humains qui écoutent et qui parlent.

Projet inclassable pour les pouvoirs administratifs, défi aux yeux de la majorité, une
histoire farfelue. Vingt ans plus tard, ce lieu de vie maintient le cap contre vents et marées : rester ouvert, ne pas sombrer dans l’immobilisme, rester attentif, à l’écoute de l’autre, de ces enfants devenus adultes. Certains sont partis, vivants ou morts, d’autres sont arrivés. L’histoire de la Devinière-Atlantis est faite de beaucoup de souffrance, de flots d’incompréhension, mais aussi de joies inattendues, d’étonnements, de créations pudiques.
Tous communiquent à la Devinière-Atlantis, certains avec la parole, d’autres avec des gestes, des attitudes, par leurs déplacements dans l’espace avec cette intensité dans le regard qui vous attire à eux comme une exigence permanente de dialogue.
Durant vingt ans, ces gosses ont pu exprimer avec force leur énorme potentiel.
Des liens de solidarité se sont créés entre ceux que rien ne reliait. Certains peignent avec talent, d’autres sculptent et bricolent avec génie. Zacharias donne la soupe à Anne. Dans ses passages à vide, Jean-Claude délire : il a “une petite copine qui s’appelle origine”. Les pieds nus dans la neige, Sido balance la tête. Pendant les heures d’hiver, Jean-Luc regarde l’arbre qui frissonne. Quelle est cette fascination du “dehors” ? Inlassablement Roberto tourne, tourne autour... mais de quoi ? Je le regarde, Jean-Claude vient me trouver : “si tu as perdu le nord, regarde Roberto, il le montre du doigt”. Plus tard , dans la cuisine “Georgette” veut donner “des coups de pied à ma mémoire” et dans un recoin entre le mur et le fourneau, Sido se balance. Là où c’est chaud, là où c’est froid, elle se balance. Sur ce terrain rocailleux, des racines se sont frayées un chemin. La vie se manifeste
où et comme elle peut : évolutions, régressions, progressions, créations...

Ce sont de vraies histoires, exactement ce qui manquait à ces enfants.
Ce sont elles qui, depuis février 94 me poussent à les raconter à l’intérieur d’un film. Les visites amicales du début se sont rapidement transformées en un repérage plus approfondi : en filmant de temps à autre mais aussi en participant à diverses activités : fêter Noël ensemble, participer aux anniversaires, organiser une exposition de leurs oeuvres ou simplement passer dire bonjour régulièrement sont autant d’occasions qui ont permis à la relation de s’installer.

Par une esthétique sobre, en retrait, ce film cherche à rendre la beauté singulière, l’humanité vibrante des gestes de solidarité entre des personnes que tout éloigne. En intervenant précisément auprès des plus démunis, ce centre pose à nouveau la question des devenirs imprévus. La désespérance peut permettre un autre devenir que la destruction ou le rejet. Si l’homme retrouve des possibilités, un espace de liberté sans camisole d’aucune sorte, la vie alors reprend le dessus.

L’intention de ce film n’est pas d’expliquer ni d’étiqueter “l’autre” - chacun a droit à ses secrets - mais bien de proposer une certaine vision sur la douleur : regardons les choses en face, trouvons-y le respect et si possible une certaine beauté. Accepter d’être touché par cet “Autre”, c’est arriver à reconnaître l’humanité cachée en lui. Benoit Dervaux"

http://download.pro.arte.tv/archives/fichiers/01678693.pdf

Il y a deux manières de participer à la publication sur Nebuleuses.info, soit en proposant un article soit en proposant des compléments d’infos liés à un article.

Les compléments d’infos sont relus par le collectif du site avant publication en ligne. Le but de cette modération n’est pas de censurer les discussion mais de s’assurer qu’elles participent d’un complément d’information ou d’un débat sur le sujet en question.

Proposer un complément d'info

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Se connecter
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.