Nébuleuses

Rassembler les alternatives, réflexions et luttes autour du travail social et de la santé

Les nébuleuses sont des objets célestes composés de gaz et de poussières éparses. Elles sont à l’origine de la formation des étoiles...
Accueil > (Sans)Logis > Rencontre avec la Ruche des Citoyens et la CNT 69

Rencontre avec la Ruche des Citoyens et la CNT 69

Episode Trois - Désobéissance

vendredi 11 novembre 2016

Nébuleuses et le Canut Info du vendredi (émission du vendredi soir 19h/20h sur radio Canut 102.2 ) vous proposent une série de reportages issus d’une rencontre avec deux militants de la CNT69 et la Ruche des citoyens. On a pu échanger avec eux sur leurs pratiques de luttes mais aussi leurs pratiques professionnelles, interroger les limites du travail social. De petites actions en petites actions, ils et elles posent les bases d’une bouffée d’air qui redonne espoir.
Voici le troisième épisode de la série, toujours en compagnie de la Ruche et de la CNT 69.
Aujourd’hui nous parlons désobéissance au travail. Car si tout le monde ne se sent pas d’occuper des bâtiments vides ou d’aller faire grève, il existe d’autres moyens de lutter au quotidien contre la machine bureaucratique.

Après, y a une autre question qui peut être : si on va se mobiliser autour de la situation de quelques personnes, on va du coup obtenir quelque chose pour ces quelques personnes-là ; mais résultat, est-ce que le fait de se mobiliser que pour ces personnes-là ça ne va pas prendre la place d’autres personnes entre guillemets ? et de se retrouver dans quelque chose où on a trouvé une solution pour les trente personnes que l’on connaissait, et finalement les pouvoirs publics sont bien contents de nous offrir ces trois nuits ou ces cinq nuits d’hôtel, parce qu’on va arrêter d’aller les interpeller et ils vont avoir l’impression d’avoir fait quelque chose de bien et en réalité plutôt que de trouver des solutions pour tout le monde, on arrive à trouver que des micros solutions pour quelques personnes.

C’est une vraie question. Après je pense que, sur régler la situation globale, on est plus sur une question de sens politique et de volonté politique. Aujourd’hui les pouvoirs publics sont pas là-dedans. Est-ce qu’aujourd’hui, la force des réseaux militants, associatifs peut et se doit digérer ce problème-là, je pense pas, je pense que de coup, ça ne pourra changer que si on est vraiment dans un changement politique. Et malheureusement actuellement, le changement politique il tourne plus vers quelque chose de l’ordre du sécuritaire et pas du préventif et prendre soin auprès des gens les plus vulnérables. Donc ça… le problème aussi de cette posture c’est que ça nous met dans un immobilisme parce qu’on va se dire, on va pas intervenir puisque du coup on peut faire entre guillemet le jeu de l’État, mais concrètement c’est les gens en difficulté qui en pâtissent le plus. Don je pense que l’un n’est pas incompatible avec l’autre. On peut soutenir, dans des initiatives sur quelques personnes, parce que c’est limité sur les possibilités d’action, et toujours intervenir sur le champ d’action politique plus global. Par contre, du coup, est-ce que le champ d’intervention global, il doit se faire par interpeller le pouvoir public , échanger avec le pouvoir public, moi il me semble que non. Il me semble qu’on est dans un système de dominants et de dominés et que le problème d’échanger avec des personnes qui sont les financeurs, qui sont l’État, qui sont les mairies, elles sont pas dans quelque chose qui sont du langage commun et on vise pas les mêmes choses, donc à un moment donné, c’est stérile et c’est une perte d’énergie. Donc peut-être aussi, à interroger ce mode de fonctionnement quand on est sur vouloir interpeller l’État, discuter avec l’État, à un moment donné c’est plus possible. La perspective ce serait un changement radical de société, du coup, est-ce qu’on est dans ce contexte-là, je suis pas persuadé. Certaines orgas et certains militants tendent à ce contexte-là , il me semble pas qu’il soit partagé par le plus grand nombre donc du coup il faut mettre, essayer de tenter de mettre des choses en place. Sachant que c’est peut-être plus simple sur des petites localités que sur des grandes villes. Après, je pense aussi intéressant sur les grandes villes, qu’on puisse peut-être remettre en place les comités de quartier puisque parfois, ce qui est compliqué pour les travailleurs sociaux des grandes villes, c’est que face à l’envergure des problématiques, l’envergure du nombre de personnes dehors, se dire par quel bout je vais le prendre, ce qui peut être plus simple sur des petites localités et peut-être de se dire qu’intervenir déjà localement, sur son quartier, sur son secteur, y a peut-être des possibilités de choses à réaliser. Mais l’un est l’autre ne me semble pas incompatible.

Et peut-être en général, dans le travail social, est-ce que vous aurez pas des petits exemples de petites désobéissances qu’on peut mettre en place, de renseignements qu’on va pas donner…

On peut faire des trucs comme ça, alors lorsque j’étais salarié par exemple à l’hôpital, c’était la période où il y avait un DSM, je sais même plus ce que ça veut dire, mais il fallait faire un diagnostic sur toutes les personnes qu’on voyait, même dans les centres médicaux psychologiques. On pouvait refuser mais refuser ça servait à rien parce que les secrétaires le faisait. Moi j’avais pris la position de mettre… y a toujours une rubrique « divers » enfin quelque chose comme ça qui n’engage à rien, donc j’avais pris cette position-là qui ne pouvait pas être utilisé dans le but de catégoriser des gens. Bon je sais pas, c’est des petits trucs mais des petits trucs comme ça mais peut-être qu’à la limite c’est quelque chose qui peut enrayer la machine.

Du coup ça c’est peut-être le genre de chose qui sont assez simple à contrer, des logiques bureaucratiques, on nous demande de remplir des papiers, on nous demande d’orienter des gens vers telle ou telle structure et qu’assez facilement on peut s’en sortir.

Oui, à condition de ne pas être seul. Effectivement, c’est peut-être là que l’action syndicale, par exemple, peut être utile, parce que si dans une équipe, des gens refusent effectivement de faire ce genre de choses, et bien , il y a besoin d’un soutien, d’une solidarité.

Du coup ça rejoint peut-être un peu ce que tu disais de ne pas déclarer les nationalités des gens, ça c’est quelque choses que vous faites quotidiennement par exemple ?

Après je pense qu’il faut à chaque fois interroger quand on a une commande publique comment on y répond. Et si elle paraît, du coup, être complètement folle et complètement maltraitante pour les gens et bien faut s’autoriser à la détourner... Que ce soit sur un agrément d’un certain nombre de domiciliation quand on a un agrément pour quinze personnes et qu’on a trente personnes dans la rue, comment on se situe par rapport à ça. Quels chiffres on remet. Je pense vraiment par des actes au quotidien, après, je rejoins Alain, c’est quand même plus simple de le faire quand c’est fait collectivement. Mais c’est avant tout aussi une posture personnelle et professionnelle et comment si on veut peut-être aussi durer dans ce métier, c’est aussi comment on arrive à se lever le matin, quand on a pu faire des choses comme ça, on se dit « j’ai collaboré avec un système complètement fou et complètement tordu », je pense qu’après on peut plus bien durer. Ou souvent les travailleurs sociaux vont se réfugier dans les arrêts maladies, parce que c’est trop insupportable ce qui peut être demandé. Mais du coup ce moyen de défense, ben du coup, il enraye pas la machine, et c’est plutôt d’essayer de voir comment avec d’autres, on peut, par ses actions, supporter l’insupportable. Quand on se retrouve sur l’ouverture de squat c’est aussi pour soulager ce qu’on a vu d’insupportable pendant une maraude. Donc c’est aussi des moyens pour aller mieux au niveau personnel, et parce que c’est tellement insupportable ce qu’on peut voir au quotidien.

Et concrètement, c’est un risque, alors qu’on donne que quinze domiciliations d’en faire trente ? Est-ce que c’est un risque réel pour le salarié ?

Je pense pas, après c’est comment on se situe sur la règle, sur la loi. Mais le risque réel… non il me semble pas.

Je pense que le… bon quand j’ai commencé à travailler, moi j’avais des problèmes avec mon employeur, bon pour d’autres raisons. Bref j’ai eu un avertissement, deux avertissements bon, on en meurt pas ! Effectivement après j’ai du partir parce que ça devenait insupportable, mais enfin…

C’est là où du coup le collectif, et le syndicat peut être aidant. Puisque, du coup, si y a sanction des salariés, y a possibilité que la section syndicale présente dans la boîte et bien appelle à un mouvement de grève, à la levée de la sanction. Et si on arrive à avoir un peu des rapports de force de ce côté-là, moi j’ai eu plusieurs situations où ds sanctions qui étaient posées à un moment donnée, et ben elles ont été enlevées ! Donc ça aide aussi à ça.

Contact :
La ruche des citoyens
19, rue de Prony
69400 Villefranche sur Saône

la ruche des citoyens

CNT 69
44 rue Burdeau - Lyon 1er
ud69 (at) cnt-f.org (UD)
Permanences : * lundi 18h-20h PTT * mardi 18h-20h Interco * mercredi 18h-20hh educ * jeudi 18h-20h santé-social /educ

Il y a deux manières de participer à la publication sur Nebuleuses.info, soit en proposant un article soit en proposant des compléments d’infos liés à un article.

Les compléments d’infos sont relus par le collectif du site avant publication en ligne. Le but de cette modération n’est pas de censurer les discussion mais de s’assurer qu’elles participent d’un complément d’information ou d’un débat sur le sujet en question.

Proposer un complément d'info

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Se connecter
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.